Are you still there?

1930

Je viens de terminer une nouvelle longue phase d’écriture… C’est parfois tellement douloureux, c’est aussi tellement magique… Je ne pouvais rester dans le silence plus longtemps.

Alors entre mon boulot plein temps et mes 5 enfants, mon cher et tendre, mes parents, la maison, les amis, tout le reste, je vous promets de trouver le temps de vous écrire à nouveau.

Vous me manquez 😉

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Parade

Dans le reflet du hublot, d’un geste machinal, il passa sa main dans ses cheveux ; il aimait que sa raie soit toujours impeccable. Elle réajusta son chapeau, et remit ses petits gants blancs.

Il la regarda du coin de l’œil sans rien dire, elle se sentit obligée de se justifier.

– Je me suis dit que rose était une belle couleur, en définitive. Peut-être un peu trop printanier pour l’automne, toutefois ?

Son mari se tourna vers elle.

– Non, il fait superbe, ce tailleur et cette couleur te vont à ravir. Tu as fait sensation ce matin au petit-déjeuner de la Chambre de Commerce, Darling.

Elle aimait qu’il l’appelle Darling, cela lui donnait toujours le sentiment d’être l’unique femme qu’il aimait.

Elle ne put s’empêcher de lui demander : «  Penses-tu que tu trouveras du temps pour nous, dans tes horaires surchargés ? »

– La période y est peu propice, je le crains, répondit-il tout en renouant sa cravate.

– Certes, mais après… Tu manques aux enfants, ils ont leur anniversaire dans quelques jours, ça sera déjà un miracle si tu es avec eux ce jour-là, mais après, quand tu auras fini de courir à travers tout le pays, on pourrait passer du temps chez tes parents, à Hyannis Port.

– Depuis quand aimes-tu être avec mes parents ?

– Ta mère a toujours été très sympathique. Je pense que nous nous comprenons bien…

Il se pencha vers elle.

– Je verrai ce que je peux faire.

– Ça me ferait tant plaisir, Jack.

Il n’ajouta rien, la laissant passer ses mains sur son col de chemise, tout en la regardant fixement.

– Tu te sens mieux ?

– Je ne sais pas ; j’essaie de ne pas me poser la question, je crois. Tu n’as pas besoin d’une femme dépressive à tes côtés aujourd’hui : tu es déjà en territoire hostile, nous devons être deux et forts.

– Tu sais que tu es ma meilleure carte ici ? Je pense que les gens te préfèrent à moi.

Elle sourit en haussant les épaules, alors qu’il ajoutait : « Il suffit de voir le nombre de personnes qui sont venues te saluer sur le tarmac au départ, je devrai bientôt engager de nouveaux gardes du corps uniquement pour toi… »

Elle secoua la tête.

– Tu dirais n’importe quoi pour me faire sourire.

– Mais j’y réussis, c’est déjà une belle victoire.

L’homme et la femme se turent, alors que le Gouverneur Connally et sa femme passaient dans l’allée centrale.

– Nous devrions peut-être déjà nous lever, avant qu’on vienne nous chercher ?

– J’ai tellement mal dans le bas du dos… Ça doit être à cause du voyage en avion, les différences de pression atmosphérique, que sais-je ; c’est une aberration que d’avoir pris l’avion pour un si petit trajet.

– Pourquoi avoir accepté ?

– L’avion n’est-il pas le moyen de transport le plus sûr ?

– Il est surtout le plus rapide. Tu n’as pas eu un instant de relâche depuis notre arrivée hier, c’est si fatigant.

– Nous aurons le temps de nous reposer chez Lyndon ce week-end, ponctua-t-il tout en se cambrant dans son siège.

– Tu as pris tes médicaments ce matin ?

– M’as-tu déjà vu me lever un matin sans prendre quelque chose ?

De ses mains gantées, elle lui caressa la joue.

– Le trajet en voiture te fera du bien, le temps est vraiment radieux.

Il opina.

– Rien que pour cela, c’est une bonne idée d’être en campagne dans le Sud. D’ailleurs, je dois te dire : j’ai demandé à ce que la voiture soit décapotée.

Sa femme le regarda avec stupeur.

– Pourquoi ?

– C’est une idée de Lyndon, il m’a dit que ça plairait aux gens d’ici.

– Mais enfin, ils te détestent, c’est toi-même qui me l’as dit l’autre jour…

– Je sais, mais je suis positivement étonné de l’accueil qu’ils m’ont fait : regarde, hier à Houston, tout s’est bien passé, ainsi que ce matin à Fort Worth ; regarde même ici, la foule qui nous attend… Les gens sont tellement souriants. Je finirai peut-être par être aimé par ces Texans ?

– Et c’est pour ça que tu as décidé de faire de la traversée de la ville une vraie parade ? Jack ! Je pense que ce n’est pas sérieux. Qu’est-ce que Hill en dit ?

– Lui, il n’a d’yeux que pour toi ; il se fiche qu’on puisse me loger une balle en pleine tête.

– Jack, ne plaisante pas avec ça !

– Darling, ne sois pas si fâchée, Lyndon a eu probablement raison, pour une fin de novembre, il fait superbe et il faut que nous puissions être plus proche de nos électeurs. Puis, tout le monde pourra apercevoir ton si joli tailleur. Tu es ma meilleure carte, ne l’oublie pas.

Elle ne cessait de triturer les lanières dorées de son sac bleu foncé, posé sur ses genoux. Cette idée ne l’enchantait guère.

Quelqu’un s’approcha.

– Monsieur ? Nous vous attendons pour ouvrir les portes de l’appareil.

Il sourit.

– Parfait, nous arrivons.

Elle se leva la première afin de l’aider à se mettre debout. Il passa encore sa main dans ses cheveux.

– Et pour te répondre, Hill sera dans la voiture derrière nous. Ne t’en fais pas.

Elle le regarda s’avancer de quelques mètres. Il se retourna : « Darling, tu sors avant moi, on vient de me dire que la femme du maire a un bouquet de fleurs à te donner, elle doit avoir les mains libres pour me saluer. »

– Bien, j’arrive.

Passant devant son mari, celui-ci lui prit furtivement la main.

– Merci d’être venue avec moi, dit-il à mi-voix. Je sais que je t’en demande beaucoup, mais c’est aussi pour nous que je le fais. N’es-tu pas une Première Dame heureuse ?

Elle ne sut que répondre. Il reprit, plus fort : « Lorsque nous aurons le temps ce week-end, nous chercherons un cadeau pour John et Caroline. Il sera heureux d’avoir un vrai chapeau de cow-boy, tous les gosses aiment ce genre de choses, n’est-ce pas ? »

Le Gouverneur acquiesça.

Le mécanisme d’ouverture des portes se mit en marche, elle inspira un grand coup.

– Profitons un maximum de notre journée à Dallas, Jackie.

Les rayons du soleil l’obligèrent à plisser les yeux, alors qu’elle descendit les premières marches de la passerelle, suivie par son mari.

 

 

 

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Hauwa

Il parait que nos filles vont bien,
C’est le gouverneur qui l’a dit.
Il ne sait pas encore quand elles rentreront,
Elles ont été emmenées loin.
 
Doucement mes lèvres se décrispent,
Voilà plus de vingt jours que je n’avais plus souri,
Depuis que le bruit s’était répandu
Qu’on nous avait enlevé nos filles.
 
Cela mit du temps à être confirmé,
Il y a eu des messages contradictoires,
On les avait retrouvées, puis reperdues,
A l’enlèvement, personne ne voulait croire.
 
Il y a deux jours, ça a été un cauchemar,
Un type en treillis nous a envoyé une vidéo.
Mitrailleuse au cou, il semblait s’amuser
A nous raconter ses projets odieux.
 
Pas un instant je veux penser à ce que ma fille vit,
Parce qu’alors je n’aurai plus la force d’être debout.
La force de venir demander
Ce que l’Etat fait pour nous.
 
Madame Obama s’est engagée,
Ma voisine m’a montré la photo.
Il parait qu’on en parle partout à la télé,
Il parait qu’elles reviendront bientôt.
 
Le gouverneur vient de partir,
Il laisse place aux doutes et à la peur.
Est-ce nos soldats iront les délivrer ?
Est-ce qu’on sait au moins où elles sont ?
 
L’émotion m’assaille,
Mais je garde la tête droite,
Malgré tout mon désespoir,
Qui sera retweeté dans l’heure.
 
Je reprends ma pancarte,
Une journaliste arrive,
#BringBackOurGirls
Il parait que l’espoir fait vivre.

Hauwa, ma toute petite,
Qu’avons-nous fait pour mériter ça ?
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Mon invité de cet après-midi

Mon invité de cet après-midi

En plein travail sur différentes choses, j’ai été interpellée par une forme inconnue dans le jardin; j’ai donc relevé le nez de mon écran, et suis tombée sur ce merveilleux volatile.

Que faisait-il là? Je ne sais pas.
Il est resté de longues minutes ainsi, sans bouger, m’a regardée une première fois, puis a repris sa pose initiale. J’admirai sa grandeur et la sérénité qu’il dégageait, j’essayai de me rappeler en vain les vers qui suivent « Un héron au long bec, emmanché d’un long cou » dans la fable de Lafontaine, je me dis que j’avais de la chance de pouvoir voir ça de ma fenêtre, je me demandai pendant combien de temps encore on aurait des animaux sauvages dans nos villes polluées, je pris une photo pour le montrer aux enfants quand ils rentreront de l’école, j’essayai d’imaginer à quoi pouvait penser un héron posé sur une haie loin d’un point d’eau. Il me regarda à nouveau, je retins ma respiration. Je ne sus dire qui observait qui… Il regarda à nouveau devant lui, et dans un énorme battement d’ailes, il s’envola lentement, lourdement, à peine plus haut que les haies des voisins, prit enfin de l’altitude après quelques jardins. Il s’éleva et disparut derrière les arbres.

Il est peut-être resté 3 minutes devant moi, mais il a rempli ma journée.

Maintenant, je regarde tout le temps dehors pour être certaine de rien louper, il fait magnifique, le ciel est bleu, on a tellement tendance à l’oublier parfois…

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Pendant ce temps-là, à Las Vegas

Pendant ce temps-là, à Las Vegas

Un de mes lecteurs vient de m’envoyer ceci… Merci à lui!

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Il y a des jours comme ça où… #4: on a de la lessive en retard

Il y a des jours comme ça où... #4: on a de la lessive en retard

Commencer une journée sans écrire est devenu quelque chose d’extrêmement compliqué pour moi; et puis, quand on est lancé, on est lancé, donc devoir brider son imagination, ou demander aux personnages de se taire, de ne plus bouger pendant une ou deux heures, franchement, j’ai du mal…
Alors, j’écris quand l’inspiration est là, et je mets une machine en route juste avant d’aller chercher les enfants à l’école, pour me donner bonne conscience.
Et tant pis pour le repassage 😉

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Des Mots, Une Histoire #126

– Regardez-le, regardez-le bien encore une fois, commença l’avocat général, il vous semble familier, et c’est pour ça que vous ne le regardez pas comme vous regarderiez un autre prévenu, donc, je vous le demande à nouveau : regardez-le bien ! 

Certains des jurés obéirent dès les premiers mots, d’autres ne jetèrent qu’un coup d’œil furtif, mais aucun ne put se dire complètement indifférent à la présence dans cette Cour de loi de ce grand sportif : il avait représenté avec fierté leur pays lors des derniers Jeux Olympiques.

Depuis, l’opprobre était tombé sur lui, et il avait changé son maillot multicolore pour un costume noir. Il restait une attraction médiatique, mais moins pour l’or de sa médaille que pour tenter de percer l’énigme qui entourait encore la raison de son incarcération : on disait qu’il avait tué sa femme… 

Les témoins, les amis, les voisins se succédèrent à la barre pendant dix jours ; ils dirent tout et son contraire, qu’ils soient du côté de la victime ou de l’accusé, lorsqu’ils étaient interrogés. Les jurés ne cessaient d’hésiter quant à la culpabilité du prévenu, de passer d’une opinion à une autre au gré de ce qu’ils entendaient. C’était une situation difficile pour eux, c’est pourquoi ils voyaient venir  la fin de ce procès avec une certaine impatience. Aujourd’hui, était le jour du réquisitoire de l’avocat général, ensuite, ils devraient se mettre d’accord  sur le verdict, dans un premier temps, et plancher sur la peine, par après.

L’épreuve était bien plus ardue que beaucoup l’eurent pensé auparavant. Ils avaient entendu l’ineffable de la bouche du médecin légiste, la flatterie excessive de l’entraîneur, la haine féroce de la belle-famille, l’incertitude des experts balistiques. Mais au-delà des mots, il y avait le fait qu’ils étaient là pour juger un homme, juger ses actes et les punir s’ils avaient été meurtriers ; c’était une pression lourde et pesante, pire que la pression atmosphérique d’une météo d’orage sur tout être terrestre.

Dans une logorrhée aérienne, l’avocat général termina ses propos et les jurés se retirèrent.

Dopés par ce dernier discours, cinq d’entre eux se décidèrent rapidement : il ne faisait aucun doute qu’il l’avait tuée. Le plus vieux du groupe calma les esprits, il était injustifié de se précipiter ainsi. Chacun se rassit, pendant qu’une femme lut à voix haute les notes qu’elle avait prises sur un petit calepin.

– Rendez-vous compte, dans sa carrière de sportif, il n’a jamais triché…  

Un homme la coupa : « Et c’est ce  qui vous fait dire qu’il est innocent ?  C’est enfantin comme raisonnement. »

– Enfantin, peut-être, mais pas insensé, rétorqua-t-elle.

Il était interdit de fumer dans la salle, la tension était palpable. Les débats se poursuivirent encore longtemps ce soir-là, à ma connaissance, ils sont toujours en cours…

 

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